* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » * * *

 *  *  *    « La vie ça n’est jamais si bon, ni si mauvais qu’on le croit. »    *  *  *

La photo est de moi.




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• Amis : Acceptés. • Favoris : Fiction que je suis sans faute. • Commentaires : Acceptés & j'y réponds. • Pubs : Acceptées. • Textes : Mon imagination, mes mots. • Images : Deviantart. • > http://bloodyweather .skyrock.com/

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» Où noter ma fiction ?

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» Il n'y a rien a savoir sur moi, mis à part que j'aime les défis, et que le prochain sur ma liste est celui-ci : Blood's Perfume





# Posté le samedi 02 mai 2009 10:19

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 10:36

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » Prologue.____________ * *

  * *  *   « La vie ça n’est jamais si bon, ni si mauvais qu’on le croit. »   Prologue.____________  * *
La photo est de moi.

__Lorsqu'on est enfant, on rêve de s'évader dans l'irréel. On rêve d'aventure. Jeunesse insouciante. Et pourtant, quand j'y pense, ils ont raison tous ces enfants de s'inventer ces histoires fascinantes. Je n'ai jamais été comme eux. La réalité m'est tombé dessus dès mon plus jeune âge. Trop tôt à mon goût. C'est ce qui a fait de moi cette personne irresponsable je présume. Et qui, sans aucun doute, m'a poussé à venir ici. En haut des falaises. Bien sur, la vue est imprenable. La mer en dessous s'écrase avec un bruit sourd sur les rochers. Il y a du vent. Beaucoup de vent. Rien d'exceptionnel pour l'endroit. Idéal pour ce que je m'apprête à faire. Je me penche pour regarder le fond bleu. Heureusement que je ne suis pas sujette au vertige. Sinon, je ne serais pas venue. Ou si, par miracle, je l'avais fait, ce coup d'½il vers le bas m'aurait arrêté net et je serais probablement rentrée chez moi aussi vite que possible. Mais ce n'est pas le cas. Je ne me défilerais pas. Pas aussi prêt du but. Je m'autorise un dernier regard, savoure une ultime fois le vent caressant délicatement ma peau, clos mes paupières et je me laisse mollement tomber avec la sensation enivrante que je ne n'atteindrais jamais le bout.

# Posté le lundi 04 mai 2009 10:06

Modifié le samedi 22 août 2009 12:40

* * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » 1. Ennui Mortel. _______________ * *

 * *  « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. »   1. Ennui Mortel. _______________  * *

__Je cours dans un couloir immensément long. L'obscurité est de la partie. J'entends minuit sonner sur une horloge. Aucune visibilité sur une quelconque horloge. Les douze coups des aiguilles ne couvrent pas le souffle court de la respiration derrière moi. Bruyante et inégale. Je suis suivie. C'est une certitude. J'essaye d'accélérer le mouvement mais mes jambes frêles ne répondent pas à l'appel. C'est sans espoir. J'ai peur. Oui, une fois n'est pas coutume, je suis morte de peur. Je n'ai aucune envie de voir ma vie toucher à sa fin dans cet endroit. Dans une situation pareille, qui plus est. Malheureusement, je doute que cette personne s'évertue à me poursuivre pour me distribuer des tracts. J'aperçois un rayon de soleil faiblard filtré à l'autre bout de ce maudit couloir aux allures interminables. Peut-être, finalement, qu'il existe encore un espoir de me tirer de là ? La lumière se rapproche et se fait de plus en plus intense. J'y suis presque. Plus que quelques mètres. Une main s'empare de la mienne avec hâte. Ce contact est froid, peut-être bien gelé. Je ne saurai le dire car mes mains sont moites. Je me retourne dans un mouvement souple et vif, surprise. C'en est finit de la simple peur. Je sens mon visage se décomposer et l'horreur y prendre place. Je suis complètement tétanisée. Ce que je vois ? Mon visage arborant une chemise maculée de sang. Du moins, c'en est mon interprétation.

__Dans un cri strident, j'ouvris les yeux et me redressai d'un coup. Un cauchemar, voilà ce que c'était. Je repris ma respiration en essayant de calmer les ardeurs de mon c½ur. Ma mère entra doucement dans ma chambre.

- Emma, pourquoi as-tu crier comme ça ? Tu m'as fais peur tu sais.
- Rien maman. Juste un mauvais rêve apparemment.
- Bon d'accord. File te laver si tu ne veux pas arriver en retard au lycée. J'ai préparé ton petit déjeuner. Il n'attend plus que toi.

__Ma mère a toujours été gentille. Je doute même qu'on puisse trouver plus agréable à vivre qu'elle. Je m'actionnai, pris des vêtements propres dans mon armoire – simple jean et tee-shirt en coton – et allai à la douche. L'eau froide me fit un bien fou. C'est étrange mais l'eau chaude n'a jamais été mon fort. Je m'habillai, petit déjeunai les tartines de pain avec de la confiture de fraise que ma mère avait spécialement confectionnées pour moi. Chaque matin, c'était le même scénario qui se répétait. Des gestes renouvelés chaque jour. Automatiques. Ce matin ne coupa en rien la routine.

__C'est loin de la maussade et gigantesque Eden, là où la pluie est quotidiennement présente, que j'ai vécu mes dix-sept premières - et seules - années. A Manfield, plus exactement, où le soleil est au rendez-vous la plupart du temps, ainsi que la chaleur qui l'accompagne. Manfield c'est le petit bourg paisible et absolument pas touristique de la Californie. Contrairement à Eden, qui avec son immense centre-ville, attire des milliers de touristes chaque année. Je n'aime pas Eden. Trop peuplée pour moi. Les gens se ressemblent tous dans cette agglomération. Et également, parce que les étrangers rattachent Manfield à cette dernière. Elles sont séparées par 30 kilomètres pourtant. Ca ne doit pas être suffisant comme distance.

__Dix-sept années. Cela paraît relativement court. Seulement, ce laps de temps m'a montré que la vie est ennuyante. Oui. Comme une suite de nombre, elle est prévisible. Monotone. J'aime la vie avec tous ces attributs mais le temps s'écoule lentement. Il parait durer une éternité. Certains jours, c'est à se demander, si les aiguilles ne se sont pas arrêtées.

__Je suis une des filles les plus populaires – et donc côtoyées – du lycée. Les adolescents sont attirés comme des aimants par ma beauté qu'ils jugent fracassante. S'ils savaient comme ça m'importe peu. Ils sont attirés par mon charisme. Je ris tout le temps pour un rien. J'aime sentir mon corps bouger au rythme de ces secousses. Mais, au bout d'un moment on finit par se lasser de toutes ces conneries qui nous font rire. De toutes ces fêtes où l'alcool coule à flot. Les jeunes de mon lycée s'arrachent ma présence. Je ne comprends pas vraiment pourquoi dans la mesure où s'il y a risque de se prendre une cuite, c'est invariablement pour moi. Je bois comme un trou, comme dirait Katie, la cheerleader. Ils trouvent cela amusant. Je mets de l'ambiance comme ils savent si bien le dire. Bande d'ignorants. Bien sur eux avec leurs petites vies parfaites, ils ne ressentent pas le besoin d'oublier qui ils sont, ni pourquoi ils sont là à se demander si cela rime à quelque chose. Non bien sur. Ils boivent pour s'amuser. Moi, je suis différente. Je bois pour, le temps d'une soirée, tout oublier et perdre le contrôle. Puis c'est excitant de perdre le contrôle de soi, de ne pas savoir s'arrêter et de risquer sa misérable vie par conséquent. On finit, également, par se lasser de tous ces garçons pendus à nos pieds. Les aventures que j'ai eues ne se comptent plus sur les doigts des mains. Il y en a eu beaucoup trop. Tous les garçons étaient à mes pieds, tels de petits chiots. Il n'y a rien d'excitant là dedans néanmoins, croyez moi.

__Il y a un vide dans mon existence qui ne demande qu'à être comblé. Mais comment ? J'ai cherché des tas d'occupations. Plus folles, plus palpitantes les unes que les autres. Aujourd'hui, il me faut du neuf. Malheureusement, la journée s'annonçait pour le moins banale.En premier temps, le trajet en bus. Même visages tous les jours. Toute l'année.

__Je me remémorai le premier soir où j'étais rentrée saoule chez moi.
Un ami m'avait déposée devant chez moi. J'avais vacillé jusqu'à la porte de la maison. Il devait être trois heures du matin. Je riais fort avec ma petite voix aiguë. J'ai cherché mes clés dans mon sac à main. C'est fou ce qu'on peut mettre dans un sac aussi petit. Un tas d'objets inutiles. Une fois que j'ai trouvé mes clés, je les ai introduites dans la serrure. Avec beaucoup de difficultés, je dois me l'avouer. J'ai tourné la poignée, la porte a fait un clic signifiant qu'elle était à présent ouverte. Je suis entrée. J'ai refermé la porte derrière moi. En enlevant mes chaussures je me suis affalée par terre. J'ai juré comme un charretier. La lumière s'est allumée et j'ai vu ma mère descendre les escaliers. Lorsqu'elle m'a vue, elle a d'abord eu l'air choqué, puis elle est venue en vitesse me relever. De son adorable voix elle m'a chuchotée à l'oreille « essaye de ne pas faire trop de bruit, ton frère dort, il travaille tôt demain. » Sur ces quelques mots, elle m'a soutenue le temps de monter à l'étage et une fois arrivées dans ma chambre, elle me retira mon pull et me coucha. En fermant la porte, je l'entendis souffler « A demain, ma chérie ». Dites-moi qu'elle genre de mère fait ça ?

__Le lendemain, j'eus droit aux railleries de mon frère. Évidemment, il était déjà passer par là. Michael a 20 ans. Il est entré dans la vie active depuis un an déjà. On s'entend très bien. On est très complice même.
Mon père, quant à lui, nous a quittés, il y a de cela douze ans. Je ne m'en souviens pas. Il nous a laissés ma mère, moi et mon frère. Sans un mot. Même pas un au revoir. J'aimerais vous dire que je suis triste. Que je ressens un vide. Mais ce serait mentir. Ce qu'on a pas connu ne peut pas nous manquer. Ma mère, elle, l'a pleuré longtemps. Elle essayait de ne pas le faire devant mon frère et moi. Nous le savions quand même. Plus tard, mon frère m'a fait promettre de ne jamais verser une larme pour l'étranger qu'était mon père. Je ne sais toujours pas pourquoi, mais j'ai promis.

__ Je commençais ce mercredi par maths. Je déteste cette matière. Je la trouve incompréhensible pour le peu que j'essaye de comprendre. Déjà rien que le titre n'annonce rien de bon : Fonctions trigonométriques. Mais c'est quoi ça ? Sérieusement, faudrait arrêter d'enseigner des choses inutiles. Dans trente ans, vous croyez qu'on s'en souviendra ? Continuons sur notre belle lancée. Anglais. C'est le cours le plus ennuyeux qui soit. Je parle déjà couramment cette langue. Voulant me lancer dans une activité nouvelle, j'ai pris des cours par correspondance.

__J'avais du temps à revendre. C'était certain. J'ai effectivement entrepris pas mal de choses durant mon temps libre. Tout d'abord, la boxe. Je sais me battre maintenant. J'ai arrêté pour faire du bénévolat en faveur des démunis. Faire une bonne action. Peut-être était-ce cela qui manquait à ma vie ? Il faut croire que non. Pas assez de travail alors je me suis mise à la musique. Je joue du piano, de la guitare, de la batterie et bien sur de la flûte – collège oblige. J'ai énormément composé. Encore aujourd'hui, il m'arrive d'écrire des chansons. Ma mère les adore. Ma dernière tentative est le parapente. Je n'en suis qu'à l'apprentissage mais la dose d'adrénaline que cela m'apporte n'est pas comparable à celle des autres passe-temps.
Ma journée suivit son cours. Normalement.
Je rentrai le soir chez moi, soulagée que le temps ait tout de même décidé de s'écouler. Je balançai mon sac en travers de la pièce de vie, exténuée par la marche de trente minutes que je venais de faire. Maudit bus ! C'est alors que je fis un bond en voyant mon frère m'épier à l'autre bout. Je ne l'avais pas vu.

- Alors cette journée Em' ? lança-t-il à la cantonade.
- Nulle. Pire, ennuyante. Pour changer. Et toi ?

__Je vis le petit sourire en coin que j'aimais tant se dessiner sur son visage. Il me rappela ce petit garçon que j'avais vu une fois en me promenant dans la rue. Sa mère venait de lui acheter une glace au chocolat. Et il souriait comme si c'était tout ce qu'il avait souhaité. Une glace au chocolat.

__Bien sur, mon frère ne venait pas de recevoir une glace au chocolat. Ni à la fraise d'ailleurs. Mais tout dans son expression laissait entendre qu'il avait une nouvelle formidable, et précieuse pour lui, à m'annoncer.

- Je viens de rencontrer une fille ! Elle est époustouflante ! Tu t'entendrais bien avec elle !

__Voilà c'était arrivé. Mon frère, personne que je chérissais le plus au monde, venait de rencontrer l'amour. Une fois de plus.

- Comment elle se nomme celle-ci ?
- Heather. Mais on n'est pas ensemble. Pour le moment.

__Il m'adressa un clin d'½il. Mon frère me ressemble pour tout un tas de raisons. Particulièrement pour ce qui est des conquêtes amoureuses. Il en a eu un joli petit paquet lui aussi. Parfois, en guise de plaisanterie, on se charrie sur le nombre d'aventures à notre actif. C'est lui qui gagne la plupart du temps – pour ne pas dire tout le temps. J'aime bien quand il ramène ses copines chez nous. Ma préférée était la blonde. On pouvait lui raconter n'importe quoi, elle nous croyait. Ce qu'il y a de bien avec mon frère également, c'est que je peux dire ce qui me plait à ses petites amies, il ne m'engueulera pas.

__Même si je n'aimais pas partager Michael avec ces jolies filles, je me réjouissais chaque jour où il me faisait savoir qu'il en avait trouvé une nouvelle. Il avait l'ait si heureux qu'on ne pouvait que l'encourager. Ce que je fis, en essayant d'en savoir plus sur cette Heather.

- Tu l'as rencontrée où, exactement ?
- Dans un café, à Eden.

__Mon frère, contrairement à moi, adorait se balader dans Eden. Il devait cela, au fait que son bureau s'y trouvait. Michael est architecte. Il a finit ses études très tôt grâce à sa faculté de tout retenir en peu de temps. Et aussi, parce qu'il a lancé son entreprise seul. Nous sommes identiques en ce qui concerne l'adrénaline. Ça doit être de famille, cette folle envie de prendre des risques pour tout et rien. Quoiqu'il en soit, il s'est lancé dans ce projet fou, en dépit des avertissements de son entourage. Ma mère et moi, avons été les seules à le soutenir. Aujourd'hui, il réussit mieux que ce qu'on aurait pu prévoir, et tous ceux qui l'avaient rabroué, s'en mordent les doigts.

- Tu comptes la revoir bientôt ?
- Elle vient dîner vendredi soir. Elle est très belle, je te préviens, sois à la hauteur.
- Pas de souci, je vais lui en mettre plein la vue !
- J'y compte bien. Aucune femme ne t'arrives à la cheville, ma petite Em'.
- Et si, toi tu t'occupais de la cuisine ? Elle en serait bouche bée.
- C'est une très bonne idée, ça tu sais ?

__Il m'ébouriffa les cheveux avant de se diriger vers les escaliers.

- Ce n'est pas pour rien que je suis ta s½ur ! Lançais-je à la cantonade.

__J'eus pour seule réponse, un petit rire. C'était le son que je préférais. Tellement mélodieux. Je fus, imperceptiblement, prise d'euphorie. C'était l'effet que me faisait son rire énergique.

__Je ramassai mon sac à main, et montai dans ma chambre. En passant l'entrée je vis les murs peints en bleu pâle. Ma couleur favorite. Le bureau donnant dans les tons modernes avec ses pieds noirs et sa vitre translucide. Une seule fenêtre me laissait observer la rue. Le rideau était d'un rose framboise. Toutes ces couleurs me permettaient de me sentir bien dans cet endroit.

__ Je m'installai sur mon bureau, allumai mon ordinateur portable et commençai à sortir mes cours. Il fallait que je bachote mes maths pour le devoir de demain, si je ne voulais pas repiquer mon année. L'ordinateur fut allumé en moins de deux minutes et prêt à servir au bout de trois. Je décidai de consulter mes mails avant de m'attaquer à mes devoirs. En parcourant les objets de ces mails, je vis un mot revenir un peu trop fréquemment à mon goût.

« Fête, fête, fête, fête, fête... oh tiens ! Party. »


__De colère, je fermai la messagerie. Je ne connaissais pas la plupart des individus qui m'avait envoyé ces invitations. Mon adresse mail avait dû circuler. Pas de messages de mes amis. Assez étonnant, et décevant. En effet, ma meilleure amie avait déménagé, deux ans plus tôt, au Canada. J'avais pris l'habitude de recevoir un mail d'elle chaque semaine. Ce dernier ne serait pas pour aujourd'hui apparemment. J'éteignis le portable et me concentrai sur les fonctions que je haïssais tant.

__Le dîner se passa normalement. Ou plus ou moins. Ma mère souriait bêtement à mon frère. Comme toutes les fois où il lui apprend qu'il a trouvé une jeune femme charmante à ramener à la maison. Pour cela, ma mère est très compréhensive. Elle se moque éperdument de la façon dont nous menons notre vie sentimentale, du moment que nous sommes heureux. Cependant, elle est toujours ravie d'avoir une ou un invité pour le dîner. Je la comprends parfaitement. En général, nous nous racontons notre journée avec entrain. Toutefois, certains soirs, l'ambiance est assez morose. Pour s'accorder avec les couleurs ternes de la salle à manger. Et puis, lorsque mon frère invite une femme, c'est rare qu'il ne se mette pas aux fourneaux. Il cuisine divinement bien. Ma mère n'a pas vraiment le temps de préparer des plats élaborés les soirs en semaine. Le travail. Toujours le travail. Ma mère est infirmière à l'hôpital d'Eden. Si bien, qu'elle termine tard ses journées.

__Le repas terminé, je remontai dans ma chambre. On était mercredi et le mercredi soir, c'est Grey's Anatomy à la télévision. Une chance pour moi, Michael m'en avait offert une pour mon quinzième anniversaire. J'étais consciente du privilège que j'avais d'avoir une famille aussi formidable et unique. J'appuyai sur le bouton « marche » de l'écran plat, et m'allongeai brutalement sur mon lit. Je tombai pile sur le générique de début. La musique résonna dans la pièce silencieuse.

__Quand le dernier épisode prit fin, j'éteignis la télévision et me mis en sous-vêtements pour dormir. C'était le printemps et impossible de dormir vêtue de quelconque façon. Je me mis sous ma couette, malgré la chaleur étouffante. Je ne parvenais pas à m'endormir si je n'étais pas enroulée dans mes draps. Un bâillement s'échappa de mes lèvres. Une pensée s'imposa à moi, telle une grande révélation. Demain, tout ceci recommencerait.

_______Les humains courent après le temps. Ils cherchent à ne pas en perdre une miette, à profiter de chaque seconde car la fin approche trop vite à leur goût. Pourquoi, dans mon cas, les secondes paraissent s'étirer à l'infini ? Je ne cours pas après le temps, bien au contraire je cherche à le fuir. Mais n'y parviens aucunement.


# Posté le lundi 22 juin 2009 08:31

Modifié le lundi 24 août 2009 08:37

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » 2. Le dîner. _______________ * *

* * *  « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. »  2. Le dîner. _______________ * *


__La journée du jeudi se passa comme prévue. Dans un profond ennui. C'était irréversible. Mes journées suivaient leur court, comme une rivière suit le sien, lentement et calmement. Ce jeudi-là, avait été légèrement pimenté par un devoir de maths. Mais rien d'exceptionnel, vu que je savais que je n'aurais pas la moyenne. Je passai ma soirée à réviser pour mon examen du samedi, sachant pertinemment que je n'en aurai aucune envie le lendemain.

__Je ne peux pas en dire autant du vendredi.
Je me levai en même temps que le soleil. A l'aube, pour ainsi dire. J'ouvris mes volets, sans conviction apparente. Le ciel était d'un rose foncé avec des reflets rougeâtres. Les oiseaux chantaient leur mélodie du bonheur. Une belle journée se profilait à l'horizon.

__Je filai dans la salle d'eau. Un coup d'½il dans le miroir, m'apprit que j'avais l'air d'un zombie. Des cernes trônaient sous mes yeux. Mes cheveux étaient en bataille. Ma bouche pâteuse avait un grand besoin de jus d'orange. Je descendis donc dans la cuisine, ouvris le frigo et me servis un verre de jus d'orange bien frais. Le liquide glissa jusqu'à mon estomac dans un bruit incorrect pour une jeune femme.

- Très discrète, dis moi, s'exclama Michael.
- Désolé, j'avais soif.
- T'aurais bien besoin de sommeil aussi, dit-il en pointant du doigt mes yeux.
- Oui je sais. Je n'ai pas beaucoup dormis cette nuit.
- Pourquoi cela ?
- Il y a ce cauchemar qui revient sans cesse. Il me réveille en plein milieu de la nuit. Je suis incapable de me rendormir après...
- Hum ... Excuses moi, je dois y aller. Tu ne voudrais pas que je sois en retard pour ce soir, n'est-ce pas ?
- Non. Bien sur que non. Files !
- A ce soir Em'.


__Il déposa un baiser sur ma joue droite et sortit. Ma mère étant déjà partit depuis six heures ce matin, je me retrouvai seule. Je me préparai et allai prendre le bus qui m'emmènerait au lycée à Eden.

__La journée se passa sans encombre.
En passant l'imposant portail du lycée, je fus, d'un coup, excitée comme une puce. J'avais hâte d'être confrontée à cette jeune femme. Chaque fois, je prenais ces dîners comme des compétitions. C'était excitant. Ce soir, notre invitée allait être belle, apparemment. Il fallait, par conséquent, que je me fasse plus belle qu'elle. Oui, la compétition c'était une chose que je prenais au sérieux.

__Passée le seuil de la maison, je me précipitai directement vers ma chambre. Vers mon placard, tout particulièrement. Je retirai ma veste maladroitement et la jetai sur le lit. J'ouvris le placard à la volée. Je me figeai devant ce spectacle horrifiant. Comment était-ce possible de posséder autant de vêtements ? Après une petite minute de déstabilisation, j'entrepris les fouilles à la recherche d'une robe correcte. Elle se devait de mettre mon corps frêle en valeur sans rendre ma silhouette trop fine. Je déposai les robes qui me paraissaient répondre aux différents critères que je m'étais imposé sur mon lit.

__Après avoir vidé le placard de toutes ses robes, je me retournai vers mon lit. Il s'y trouvait deux robes. Juste deux. Voilà qui ne devrait pas être trop compliqué. J'avais le choix entre la bleu en soie, moulante et décolleté. Ou la blanche, à froufrous qui faisait légèrement demoiselle d'honneur. Je pris la blanche. Après tout, je serais plus mignonne dans celle-ci. Pas la peine d'avoir l'air d'une dévergondée.

__Je m'enfermai dans la salle d'eau. Après m'être douchée, place à la coiffure. Il fallait que j'attache mes longs cheveux bruns bouclés en un chignon. La tâche se révéla assez difficile mais mon frère frappa à la porte et me proposa son aide. Je m'empressai d'accepter.

- Alors, comme ça, tu n'es pas capable de te coiffer seule ? Tu sais que si je t'aide, ça sera considéré comme de la triche ?
- Pas du tout. Je suis ta s½ur, tu te dois de m'aider dans les moments insurmontables. Tient, voilà l'élastique, déclarais-je, en lui tendant, l'objet fin et noir.
- Tu es officiellement prête.
- Merci. Que serais-je sans toi ?
- Je me le demande bien !

__Il sortit sans faire de bruit. J'eus le loisir de me contempler dans le miroir. Je ne ressemblais en rien à ce que j'avais vu ce matin-là. La mélancolie m'assaillit alors. Pourquoi ressentais-je constamment ce vide immense ? J'avais tenté bon nombre d'action pour le combler. Rien n'y avait fait. Il m'habitait encore. C'était tout bonnement un morceau à part entière de moi. Ca me laissait pensive.

- Hey Em' ! Bouges-toi ! Ça a sonné t'as pas entendu ?

__La vérité, c'est qu'effectivement, je n'avais pas entendu la sonnette retentir. Un dernier regard sur mon reflet, l'occasion de croiser ces yeux intensément verts. Ces yeux émeraude que je détestais tant je les aimais. Ils avaient un charme inexplicable auprès de la gente masculine. Et les adolescentes, aux allures de poupées, en étaient vertes de jalousie. Oui, ces jolies perles vertes, étaient convoitées par bien des personnes.

__En descendant les marches, les voix du palier me parvinrent de mieux en mieux. Mon frère saluait Heather. Quand j'eus franchis la dernière marche, ils se retournèrent tout deux dans ma direction.

- Heather, je te présente Emma. Ma s½ur cadette.
- Bonjour, l'entendis-je dire dans un souffle presque inaudible.
- Salut Heather !

__Michael sourit et Heather se fit toute petite. Elle était belle, c'était un fait, mais c'était néanmoins une beauté amoindrie par sa timidité. Cette perception des inconnues avait le don de me mettre en colère. Elle avait à peine passé le seuil que je pouvais déjà dire que c'était une grande timide. C'est à se demander pourquoi je m'ennuyais autant. Ma mère vint à la rencontre d'Heather.

- Enchantée de vous rencontrer.
- De même Madame.

__On commença le repas en silence. Je soupçonnais les autres d'attendre une intervention de ma part. Bon Dieu ! Ce n'était tout de même pas à moi de rompre cette ambiance de mort.

- Alors, Heather, tu fais quoi dans la vie ?

__Quelle question idiote. Faute d'une meilleure, je m'étais résolu à la poser.

- Je fais des études de commerce. C'est ma dernière année.
- Oh ! et ça te plait ?
- Plus ou moins. En réalité, c'est mon père qui a choisit mes études.
- Pourquoi ne lui tiens-tu pas tête pour les choisir toi-même ? C'est ta vie, tu a le droit de la mener comme bon te sembles.
- Mon père ne se laisse pas démonter facilement. Puis, je n'ai pas ta force de caractère.

__Je me tus, ne sachant quoi répondre. Mon frère décida d'intervenir.

- Oui, Emma n'est pas très docile comme fillette. Elle a un sacré caractère, et aussi de jolis idéaux.
- Tu as de la chance d'avoir une s½ur aussi géniale, Michael.
- J'en suis conscient.

__L'heure du gâteau au chocolat arriva et nous succombâmes tous à son charme et son goût. Une pure merveille. J'avalai ma part en un rien de temps, sans broncher. Heather déclara qu'il était l'heure qu'elle s'en aille. Michael la raccompagna à l'entrée, pendant que ma mère et moi débarrassions la table. J'étais surprise que le dîner se soit déroulé de cette façon. D'ordinaire, ces dîners, sont mouvementés. Les femmes sont marrantes, stupides, ou bien encore passionnées par une quelconque activité. Mais, ce soir, rien. Elle n'avait pratiquement pas ouvert la bouche. Sauf pour y introduire de la nourriture.

- Nouvelle tentative ratée, s'exclama mon frère en entrant dans la cuisine et commençant à nous aider.
- Tu dis ça comme si t'allais trouver l'amour un jour, dis-je.
- Ouais, c'est vrai. Seulement, je n'arrête pas d'espérer qu'un jour je trouverais la femme idéale, celle qu'il me faut.
- Tu peux toujours patienter à mon avis, raillais-je.
- Des fois, tu ferais mieux de garder ton avis pour toi !
- Mais moi, j'ai du caractère ! Je sais m'imposer.

__Ma mère restait silencieuse. Elle préférait ne pas entrer dans notre petit jeu à moi et mon frère. Je savais qu'il pensait dur comme fer aux paroles qu'il venait de prononcer, bien que le ton sur lequel il les avaient débitées était léger. Pour moi, c'était inconcevable qu'il puisse tomber amoureux. Ce qui l'était encore plus, c'était l'image que j'avais de lui s'enfuyant avec sa bien-aimée. Non, nous étions identiques pour cela. L'amour ne nous était pas destiné. Nous n'arrivions pas à nous attacher aux personnes extérieures à notre joyeuse famille. Alors imaginer mon frère aux bras d'une jolie poupée en chair et en os était au dessus de mes forces.

__Ce que je n'avais pas pris en compte, c'est qu'il voulait vivre une histoire d'amour, lui. Une vraie.

- Alors Em', on est pensive ?

__Oui. Pensive, je l'étais. Certaines de mes convictions étaient passées du statut impossible à celui d'improbable. Cette variation infime, mais importante, bouleversait quelque peu mon esprit.

- Euh..., oui oui je pensais, m'empressais-je.
- Dis-moi ce qui te tourmente autant ? questionna-t-il.
- Rien de très important. Je m'inquiète pour l'examen de demain matin.
- Oh ! Un examen sur quoi ?
- Une dissertation en français.
- Pourquoi t'inquiètes-tu ? Tu es très organisé dans tes idées, tu as un bon style d'écriture, et puis du moment qu'on ne te parle pas de maths, tu t'en sors toujours.

__Il avait raison, pour ce qui est de la dernière partie de sa phrase du moins. Mais, je ne m'inquiétais pas du tout pour ce fichu examen. Je lui avais servis ce mensonge honteux pour ne pas lui révéler mon étonnement vis-à-vis de ses espérances amoureuses. J'avais cru, sottement peut-être, qu'il trouvait l'amour horripilant, détestable et pathétique à mon instar. Finalement, j'apprenais qu'il désirait trouver la compagne idéale pour faire tout ce que les couples font. Quelle chute !

__Moi qui croyais ne pas pouvoir être prise de court. Celle-là, je ne l'avais pas vu venir. Dans le genre imprévisible, Michael était parfois très fort. Je ne pouvais pas lui en vouloir. La majorité des humains assimile le bonheur à l'amour. Etait-ce mal de ne pas adhérer à cette assimilation ? Pour moi, bonheur et amour n'avait rien en commun, c'était deux sentiments différents et très distincts. Je ne ressentais pas le besoin d'aimer, plus que d'amitié ou de fraternité.

__Je terminai la vaisselle et pris congé. Je montai dans ma chambre, d'un pas traînant. Je m'allongeai sur mon lit et fermai les yeux pour réfléchir au calme. Je pensai à cette Heather. Comment mon frère avait-il pu apercevoir l'amour dans cette jeune femme presque muette ? Comment avait-il pu l'inviter tout simplement, avec une timidité pareille ? La beauté ne fait pas tout. Michael le savait aussi bien que moi.

__ Il a hérité des yeux verts, tout comme moi. Je supposai qu'ils venaient de mon père vu la noirceur de ceux de ma mère. Les gens nous abordent facilement et fondent sous la douceur qui se dégage de nos yeux. C'est l'élément de notre physique qui constitue le plus grand charme. Oui, c'est tout à fait ça. N'importe qui se retrouve charmé par l'intensité qu'envoient nos petites émeraudes.

__Je me réveillai, fatiguée et moitié endormie. Un coup d'½il au réveil m'indiqua qu'il n'était qu'une heure du matin. Je m'étais assoupie, sans m'en rendre compte, en cogitant. J'étais encore tout habillée et mes chaussures avaient dues glissés de mes pieds pour tomber sur le sol. Je me relevai maladroitement et je retirai ma robe avec beaucoup de difficultés. Je me laissai ensuite tomber sans mal sur mon lit et, comme assommée, me rendormie en un rien de temps.

____Comment était-ce possible de ressentir une telle lassitude, à seulement dix-sept ans ? Les adolescents normaux prennent du bon temps à cet âge. Pas de responsabilités, pas d'obligations, juste de l'amusement. Pourquoi, pour moi, vivre ressemblait plus à une corvée qu'à une partie de bonheur ?

# Posté le dimanche 28 juin 2009 05:09

Modifié le lundi 24 août 2009 08:36

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » 3. La raison. _______________ * *

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. »  3. La raison. _______________ * *

__Je fus réveillée par le « Tut tut tut » énervant du réveil. Nous étions samedi matin, enfin. Je me réjouissais que la semaine soit bientôt terminée. Bien que, les week-ends tournent encore plus au ralenti que les jours de lycée. Mon frère dormait encore. Il ne travaillait pas le samedi me rappelais-je. Sa chambre était plongée dans la pénombre. Je devrais, en conséquent, me préparer le plus silencieusement du monde.

__Je me rendis au lycée à l'heure. Etrangement, je n'avais jamais été en retard. Pas une seule fois. Mon réveil sonnait toujours pile à l'heure et je me préparai avec un timing calculé d'avance, ce qui permettait une organisation minutieuse.

__L'examen se révéla simple. Peut-être un peu trop à mon avis. J'étais loin de me douter que les difficultés allaient apparaître plus tard.

__En sortant de la salle d'examen, je vis mon prof de maths. Mauvais signe. Dès qu'il me vit, il m'interpella. Très mauvais signe.

- Mlle Homes ! Mlle Homes, s'il vous plait, pouvez-vous venir discuter cinq minutes ?
- Oui, bien sur, dis-je en trépignant.
- Mlle Homes, votre moyenne de mathématiques est catastrophique. Vous devriez penser un peu plus à vos études qu'aux garçons et à votre image, Mlle Homes.

__C'en était trop. C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Il se permettait de me juger. Mal, qui plus est. Ils étaient bien tous pareil. Ils jugeaient sur des apparences. N'avaient-ils jamais entendus que les apparences étaient trompeuses ?

- Mlle Homes, je vous parle ! Vous pourriez me répondre tout de même.
- Vous répondre ? Mais pour quoi faire ? Vous n'en avez rien à foutre de ce que je pourrais bien vous dire, vous vous êtes déjà fait votre opinion sur moi. Alors soit, mais ne venez pas me demander des explications que vous n'écouterez même pas. Avec tout le respect que je vous dois Monsieur, au revoir.

__J'avais essayé de rester polie et j'avais échoué. Ma colère m'avait devancé et avait incité ma façon de parler. Mais cet homme, cet ingrat, me sortait par les yeux. Je ne pouvais plus le voir, pas même en peinture. Il ne se doutait pas des efforts monumentaux que j'avais fournis pour m'améliorer dans sa matière. Pour qui se prenait il ? Dans tous les cas, il était hors de question que je refasse une année. C'est à peine si je trouvais celle-là intéressante, alors en refaire une ? La même en plus ! Non, non et encore non.

__Je rentrai chez moi, en fulminant contre le prof de maths, contre les cheerleaders qui me léchaient les bottes, contre les passants qui me regardaient de travers et m'analysaient de haut en bas. Je ne suis pas une bête de foire !

__A l'intérieur, je claquai la porte et balançai mon sac violemment sur le sofa, tout en continuant de jurer. Mon frère accourut à ma rencontre.

- Que se passe-t-il Em' ?
- Raaah ! Ce prof de maths, je l'aurais étripé !
- Qu'a-t-il fait cette fois ? demanda-t-il,en souriant gentiment.
- Tu ne devineras jamais ce qu'il a osé me dire !
- Non, ça c'est sur.

__Je lui lançai un regard peu amène et il arrêta de sourire pour prendre un air sérieux.

- Il m'a dit que je devrais moins me préoccuper des garçons et travailler plus mes maths.
- Pas la peine de t'énerver pour ça Emma. C'est un crétin.
- Je sais, mais ça a le don de me mettre hors de moi cette manière qu'il a de me juger et de me regarder de haut avec ses petites lunettes rondes !

__Michael éclata de rire. J'en fis autant. Ce qui allégea l'atmosphère, qui était tendue auparavant.

- T'en fais pas pour ça Em', t'as bientôt finis le lycée.

__Effectivement. Dans trois mois, je fuirais cet endroit maudit. Ma bonne humeur était revenue, grâce au rire mélodieux de Michael. A chaque fois que son rire résonnait, j'avais l'impression d'être à des lieux de là où je me trouvais. Puis, quand je revenais au moment présent, tout avait disparu, il ne restait qu'une douce mélodie dans ma tête. C'était réconfortant.

__Je mangeai mes pâtes, débarrassai la table et fis la vaisselle. Je montai dans ma chambre en me demandant ce que je pourrai faire un samedi après-midi, seule. Il me fallu un flash, pas plus, pour le découvrir. Je dévalai les marches à toute vitesse et sortit en hurlant un :

- Je sors !

__Je marchai rapidement jusqu'à un petit sentier en sable qui longeait la plage. Manfield étant située sur la côte, nous avions un accès direct à la grève. Le petit sentier monta ardemment vers les falaises. Vers mon refuge. Personne n'osait s'aventurer du côté des falaises. Comme ils avaient tort.

__Je m'assis à un mètre du bord, en face de la mer. Cette dernière s'étendait à perte de vue. Je me perdais dans sa contemplation. Derrière moi, il y avait un paysage insolite qui tranchait avec la magnificence de la mer pâle. Oui, derrière moi se trouvait la forêt. Je n'y allais que très rarement et ne m'enfonçais jamais en son centre. J'aimais le contraste que ces arbres épais et immenses fournissaient à la vue. D'un côté, la forêt sombre et hostile et de l'autre, le vide d'une couleur féerique.

__Je ne sais combien de temps je plongeais dans les méandres de mon esprit complexe mais lorsque j'ouvris les yeux, la vue avait complètement changée. Le soleil était bas dans le ciel et commençait sa course effrénée vers l'autre bout du monde. Je l'admirait s'engouffrer dans la mer, quand j'entendis des pas venant dans mon dos. Je ne me retournai pas, sachant qu'il s'agissait de mon frère bien aimé. Je l'identifiai grâce à sa démarche lente et ses pas feutrés. Il vint s'asseoir à mon côté. Nous restâmes un moment silencieux, regardant le soleil disparaître de plus en plus sous les vagues.

- A quoi penses-tu Emma ?
- Je me demande si c'est normal d'être constamment envahis par cette lassitude...
- Oh. Mais, Emma tu n'es pas normale. Tu n'es pas ordinaire. Tu es juste Emma. Etre lassée de tout fait partie de toi.
- Mais je ne sais plus quoi faire pour retrouver la saveur de la vie. C'est comme si je ne ressentais plus rien. Ni joie, ni peine, ni haine, ni amour. Je suis une simple coquille vide, tu comprends ? J'aimerai vraiment avoir une raison de croire en ce monde... Je ne la trouve pas. J'ai essayé pourtant de prendre goût à cette existence. Tu le sais n'est-ce pas que j'ai essayé ? Ma vie est trop fade, trop prévisible et ce n'est pas normal.
- Oui, je le sais Emma. Mais moi je t'aime Emma, ça tu le sais ?
- Oui je le sais, je t'aime aussi. Plus que tu ne le crois.

__Il me prit dans ses bras et m'étreignit. Je n'avais pas remarqué que le temps s'était rafraîchit. Mais son corps dégageait une telle chaleur que je sentis un frisson parcourir ma peau nue. Je n'avais qu'un tee-shirt sans manches et un short en jean sur moi. Mon frère se recula et jaugea ma peau. Il fit une petite grimace contrite.

- Tu n'as pas pris de veste ?
- Non, dis-je d'une petite voix, toute penaude.

__Il retira son gilet et me le tendis.

- Mais tu vas avoir froid après ! m'exclamais-je presque outrée.
- T'inquiètes pas pour moi, je suis solide !
- Et moi alors ! Je ne suis pas fragile, mets-toi ça dans le crâne frérot.
- Je m'en fiche, si tu n'enfiles pas cette veste sur le champs, je te la met de force.
- Puisque tu me le demandes si gentiment, rétorquais-je, sarcastique.

__J'enfilai le gilet et ressentis instantanément la chaleur qu'avait dégagé le précédent occupant. Michael se leva promptement et me tendis une main. Je l'emparai fermement et me relevai à mon tour.

- On rentre ? proposa-t-il, jovial.
- Oui.

__Il garda ma main dans la sienne durant l'intégralité du trajet. Ce contact humain me plaisait. Je me sentais bien, là, maintenant, avec mon frère. A l'intérieur de sa veste en coton, il faisait bon et je ne me sentais plus coupable de l'avoir sur moi, car il n'avait pas l'air d'avoir froid. Il regardait devant lui, sérieux. A plusieurs reprises, il me lança des coups d'½il et me sourit.

__J'avais eu tort de douter de son amour pour moi. J'avais crus que s'il voulait une femme dans sa vie, autre que moi, c'était tout bonnement parce qu'il en avait assez de s'occuper de moi et mes faiblesses. Ce soir, il m'avait prouvé que je m'étais trompée sur toute la ligne. Il était venu me chercher sur les falaises. D'ailleurs, une question me démangeait.

- Au fait comment as-tu su que j'étais sur les falaises ?
- C'est là que tu te rends quand tu as envie d'être seule. Je t'y ai souvent vu ces derniers temps. De plus, tu n'as pas précisé où tu allais en partant donc j'ai tout de suite pensé aux dangereuses falaises.
- Tu me connais trop bien ...
- Sûrement plus que tu ne le crois.

__Il reprenait mes mots, ceux que j'avais utilisé un peu plus tôt dans la soirée. Lorsqu'on entra dans la maison, une odeur de gâteau au chocolat, tout juste sortit du four, nous assaillit. Je trouvais cette fragrance alléchante et le gâteau au chocolat était mon dessert favori. Ma mère passa la tête dans le salon et nous regarda un instant avant de sourire. Pourquoi souriait elle ainsi bêtement ? En suivant son regard, je m'aperçus qu'elle avait remarqué nos mains liées, à moi et mon frère. Et c'est là, que je vis dans ses yeux une petite étincelle de bonheur. Cette petite lueur qu'ont les parents lorsqu'ils sont fiers de leurs enfants. Plus même, lorsqu'ils sont émus.

__Tout au long du dîner, je lançais des regards à mon frère, qui me les rendaient. Complicité parfaite. Pas un mot, sur l'épisode de la falaise, ne fut prononcé. J'en remerciais Michael intérieurement.

__Quand le gâteau fut engloutit et que la table fut vide, je montai me coucher. Cette nuit là, la chaleur était telle que ma couette finit en boule, par terre. J'étais exténuée, mais n'arrivais pas à clore mes paupières. Je me tortillais dans mon lit, cherchant une position convenable et un morceau de matelas frais. Mon corps irradiait. Je bouillonnais de l'intérieur. Ma peau était moite, mes cheveux collaient l'oreiller et ma tête était prête à exploser. Je cherchais une solution à ma lassitude, en vain. J'étais incapable de penser logiquement sous cette température infernale.

____Puis, l'orage éclata. La pluie se déchaîna. Le tonnerre bombarda la ville de ses coups à vous déchirer les tympans. J'aperçus, faiblement, quelques flashs à travers mes volets. Le ciel déversait sa colère. C'était, sans nul doute, un mauvais présage pour l'avenir. Que pouvait-il bien arriver de pire qu'être torturée par le temps ?



# Posté le lundi 29 juin 2009 08:54

Modifié le lundi 24 août 2009 08:41

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » 4. L'acte. _______________ * *

* * *  « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. »   4. L'acte. _______________ * *

__Je me réveillai, complètement perdue, le lendemain matin. J'étais couverte de sueur – ma sueur. J'étais horriblement collante. J'avais été gênée par la dureté de mon matelas. Maintenant, j'en comprenais la raison. J'avais quittée mon lit. J'étais, à présent, allongée sur le sol dur et inconfortable de ma chambre. J'avais dû, à l'instar de mes chaussures, glisser pour, finalement, tomber au bout du compte.

__J'allai ouvrir mes volets, comme chaque matin, pour découvrir que l'orage s'en était allé et qu'il avait laissé place à un ciel découvert. La chaleur était encore présente, mais beaucoup plus supportable que la veille. En me penchant dehors, je me rendis compte qu'il subsistait une petite brise fraîche. Celle-ci emporta mes cheveux sur son passage. Quand elle s'estompa, ils retombèrent lentement. La fraîcheur de la brise fit un bien fou à mon visage collant.

__Je pris une douche, bien froide. Mes muscles se contractèrent et je ressentis plusieurs frissons me parcourir. Je sortis, en me sentant enfin propre. Ma peau était lisse et douce, elle sentait la vanille, mon parfum de savon préféré. Je m'habillai et descendis petit-déjeuner. Le dimanche, petit-déjeuner spécial, pains au chocolat au menu. J'en mangeai un, avec pour seule compagnie les oiseaux qui chantaient sur le perchoir, à côté de la grande baie vitrée. Je vis mon frère apparaître en peignoir, les cheveux en bataille, il marchait d'un pas vacillant. Je ne l'avais pas entendu descendre les marches. Il savait être discret.

- Bonjour frérot, lui dis-je de bonne humeur.
- Salut soeurette. Déjà levée ?
- Hum hum.
- T'es tombé du lit ou quoi ?
- Si tu savais l'exactitude de tes paroles, tu en rirais ...
- Ah ! C'est donc toi que j'ai entendu cette nuit. J'ai cru qu'un camion s'était renversé juste devant la maison.

__Je lui tirai la langue et boudai puérilement. Il éclata de rire.

- Oh aller va ! Tu ne me fais pas la tête au moins ? demanda-t-il l'air vaguement ennuyé.
- Tu t'excuses ?
- Oui, et je te fais même un câlin si tu veux ?
- Oui, bon c'est d'accord.

__Il finissait toujours par craquer et s'excuser de ses maladroites blagues dénuées d'humour. Il me serra contre lui, puis déposa un léger baiser sur ma joue avec une tendresse infinie.

- Tu sens bon.
- Vanille.
- Ca te va bien.
- Merci.

__Il s'installa en face de moi et avala sa viennoiserie en quatre fois, tandis que je grignotais la mienne. Je trouvais que le chocolat était fade. Comme ma vie. Oui, il n'avait aucune saveur. Ni bonne ni mauvaise. Il me laissait indifférente. Michael se leva souplement et alla dans la cuisine. Je perçus les bruits d'une tasse mise dans le micro-onde.

- Tu veux du café Em' ?
- Oui, s'il te plait.
- Ok.

__Quelques minutes plus tard, il me rapportait ma tasse de café. Le liquide marron clair tournoyait dans le même sens que la cuillère. Le lait adoucissait le goût amer du café. J'émiettai mon pain au chocolat et en fit tomber un bout dans la tasse. Il atterrit à une vitesse fulgurante dans le liquide et éclaboussa les bords de la tasse. Il s'enfonça un peu avant de remonter à la surface. Je fixai ce petit morceau que je venais de noyer.

- Ca va ? s'inquiéta mon frère.
- Oh ! Euh ... Oui très bien.

__Je lui souris, histoire de lui démontrer que ce que j'avançai était vrai. Pour être franche, j'allais plus que bien. Je venais de trouver la solution. Celle de tous mes problèmes. Elle était certes radicale mais efficace. Je terminai mon encas et trouvai soudain la maison vide.

- Où est maman ?

__Inutile de demander, je connaissais déjà la réponse. Seulement, je ne voulais pas y croire.

- A l'hôpital.
- Mais c'est dimanche !
- Je sais, soupira-t-il.

__Ma mère s'absentait bien trop souvent. C'est à peine si j'avais le temps de la voir. Je devais me contenter de la croiser dans les couloirs du deuxième étage le soir, avant de me coucher. C'était injuste. Plus que ça, c'était scandaleux de faire travailler une personne sept jours par semaine !

__Je débarrassai ma table avec hâte. J'étais folle de rage. Je haïssais ces gens de l'hôpital qui gardait ma mère. Je les détestais plus qu'ils ne le méritaient. Il fallait bien rejeter la faute de ma vie ratée sur quelqu'un. C'était facile de la rejeter sur eux. Pourtant, j'étais comme eux. Injuste. Oui, mais quand on n'aime plus vivre, qu'on hait tout autour de nous, on tombe dans un puits sans fond. La haine ne résout rien. Malheureusement c'est la solution la plus facile. Celle que l'on choisit le plus fréquemment.

__Je sortis en claquant la porte sans prendre le temps d'avertir mon frère de l'endroit où je comptais me rendre. Il ne m'en voudrait pas. Il savait où j'allais de toute manière. Il me l'avait prouvé hier soir.

__Je pris le chemin en sable que l'orage et la pluie avaient rendu sinueux. Je frottais mes pieds contre le sol et envoyais rouler les cailloux qui se trouvaient sur ma trajectoire. J'étais en colère. Pire. Heureuse de savoir que dans quelques minutes ce serait l'exaltation. Un désir naissait en moi au fur et à mesure que mes pieds pressaient le pas.

__J'arrivai enfin à mon refuge. La falaise. Je ralentis en sentant la différente constitution du sol. Le sable s'était transformé en roche polie. Une surface lisse mais irrégulière s'offrait à mes pieds. Je retirai mes chaussures, et posai délicatement mes plantes sur la roche tiède. Le soleil chauffait timidement la falaise. Je jetai mes chaussures à côté de moi et commençai à avancer vers le bord.

__J'avançai d'un pas hésitant. Ne voulant pas précipité les choses. Je jetai un coup d'½il aux alentours. Personne sur les falaises. Personne sur la plage. A présent, je m'approchai dangereusement du précipice. Rien dans mon attitude ne laissait pressentir mes intentions. Je m'arrêtai lorsque j'eus atteint le bord du gouffre. Mes yeux se régalait de cette délicieuse vue. Oui. C'était certain, nulle autre vision n'était comparable. Le soleil brillait bas dans le ciel. Il n'était que dix heures. La mer était peu agitée. Suffisamment pour s'écraser avec force et bruit sur les rochers longeant le pieds de la falaise. Les rochers en dessous de ma tête étaient mortels. Sans aucun doute. La légère brise de ce matin avait été échangée contre des bourrasques qui faisaient flotter ma chevelure sans interruption.

__Ma peau frissonnait au contact du vent. J'aurais pensé ressentir quelques élans de peur. Je m'étais trompée. Je fixai l'horizon sans le voir. Je m'apprêtai à tenter une expérience qui risquait de se finir par ma mort. Ce n'était pas un suicide. Juste une expérience. J'en avais eu l'idée en plongeant mon pain dans la tasse de café. Je me doutais que contrairement au morceau de pain léger, je n'avais aucune chance de remonter à la surface et de me mettre subitement, invraisemblablement à flotter. Malgré le danger, qui n'était pas négligeable, je ne pouvais, ou ne voulais, pas renoncer. J'avais décidé. J'allai le faire. Je n'avais pas peur du vide qui s'étendait devant moi. Je n'avais rien à perdre. Enfin, j'essayais de m'en convaincre. Car, j'avais ma famille qui pesait dans la balance de la vie. Et elle pesait lourd comparer à toutes les autres conneries. Mais je ne pouvais plus continuer de souffrir. De les faire souffrir. Je m'étais battue de toutes mes forces, j'avais affronté vents et marée avec un faible succès mais je ne pouvais me battre contre l'avenir.

__L'avenir. Cette horrible et funeste vision m'arracha un sourire peiné. J'allai faire cadeau de mon âme au destin. Il avait toujours été incertain pour moi. Je n'avais jamais su comment je voulais mener ma vie. Maintenant, j'avais la réponse. Je voulais faire de mes ultimes minutes, une tentative inoubliable. La sensation du plongeon m'enivrait déjà.

__Je ne voyais pas la mort comme une fatalité. Loin de là. La mort représentait la fin du provisoire. Tout est éphémère dans l'existence. Tout. Même le don de la vie. J'allai juste mettre fin au privilège qu'il m'avait été accordé, en venant au monde, un certain treize février. Aucune question ne m'assaillit. Je mis un de mes pieds au dessus du vide. Je ne souhaitais pas sauter. Pour raccourcir la chute ? C'était exclu. Je sentais mon esprit partir à la dérive. Je fermai mes paupières pour plus de sensation. Et savourai, une dernière fois, les caresses du vent. Je savais que pendant la chute, celui-ci me fouetterait. Je me penchai vers le vide et mon poids fit le reste. Au moment où je m'étais penchée j'avais entendus une voix familière hurler. Un cri de douleur et d'impuissance. Mon frère.

- Non !

__Un son perçant qui s'était perdu dans le néant qui m'emprisonnait. J'étais en chute libre. Mon poids m'attirait inlassablement vers le fond de l'eau d'un bleu clair, presque transparent. La gravité évidemment. Peut-être, n'allais-je pas périr ? Même s'il existait la moindre chance que je puisse m'en tirer, il était également d'une forte probabilité que je n'en réchappe pas. Les rochers aiguisés n'attendaient que ma chair. La mer n'attendait que mon sang. Et le sable, lui, ne désirait que mes os qui s'échoueraient.

__Je m'engouffrais dans l'eau, rendue tumultueuse par mon arrivée, avec une force inespérée et m'enfonçai dans ses profondeurs. J'avais évité de peu les rochers. Des bulles sortaient de ma bouche. Je n'avais presque plus d'air. Je l'avais gaspillée ou plutôt je n'avais pas prévue d'en avoir autant besoin. Je n'entrepris pas de nager, ou même de me débattre. Je restai inerte dans la mer. Je senti mon corps se rapprocher de la surface. Bien trop lentement, cependant.

__Puis, soudain, il y eu du remous autour de moi. Je n'avais plus aucune visibilité. Aucune importance, je n'avais plus d'air. J'étais en train de me noyée. Je fus plaquée contre quelque chose de dur. Ça ne pouvait pas être un rocher. Un torse d'homme musclé ? Allait-on me sauver ? Etrangement, je n'en étais pas convaincue. Je devais délirer. Il n'y avait eu personne sur la plage. Et mon frère n'avait pu sauter de la falaise pour venir à ma rescousse. Illusion ou hallucination. C'était du pareil au même. C'en était fini. J'avais délibérément mis fin à mes jours. Acte considérer comme atroce. Et sûrement lâche. J'avais fuis la vie. J'étais une lâche, une fugueuse.

__Le pire fut de savoir que ma mère ne s'en remettrait jamais. Elle venait tout juste de se remettre de la fuite de mon père. Comment allait-elle pouvoir pleuré la mort de sa fille cadette ? Quant à mon frère, il ne comprendrait pas mon acte. Il avait assisté à la fin. Ma fin. Se sentirait-il coupable de ne pas être arrivé quelques minutes plus tôt ? Non. Je ne le souhaitais pas. Mais il était bien trop tard pour y penser. Je me souvins alors d'un jour où je parlais avec lui dans une ambiance identique à la soirée d'hier.

- Dis-moi, tu penses qu'on peut fuir sa vie ? Lui avais-je demandé.
- Non je ne le pense pas. Sauf si tu oublies qui tu es. Mais fuir est-ce vraiment la bonne solution Emma ? Crois-tu qu'on règle ses problèmes en s'enfuyant comme un voleur ?
- A vrai dire, je n'en sais rien, avais-je terminé.

__C'est alors que je sombrai dans les ténèbres les plus obscurcies. Je tournoyais dans l'abîme la plus profonde. Une dernière bulle s'échappa et puis plus rien. Le néant avait aspiré ma vie, mon âme. J'étais condamnée à errer pour l'éternité dans la noirceur de la mort.

____Durant toute mon existence, j'avais redoutée la mort. Je me disais que c'était un choix idiot que d'aller vers cette action considérée comme une fatalité. Mais, au moment de me laisser tomber, j'avais ouvert les yeux sur une toute autre vision. La mort n'était nullement une fatalité. Juste un choix qu'on prend comme ça. Pas par envie, mais par contrainte, par abandon. Je m'étais abandonnée à la douleur. La douleur de mes proches. Puissent-ils me pardonner un jour.

# Posté le lundi 06 juillet 2009 05:47

Modifié le lundi 24 août 2009 08:46

* * * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. » 5. Renaissance. _______________ * *

* *  * « La vie ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on le croit. »   5. Renaissance. _______________  *  *

__Je sentis ma conscience se débattre au fond de ma boite crânienne. Je voulais la laisser reprendre sa place, mais elle était si confinée que la tâche se révéla ardue. Quand elle fut accomplie, je battis des paupières à maintes reprises avant de les ouvrir complètement. La lumière fut si claire et éblouissante que je les refermais à la hâte. La mort était bien trop paisible, et beaucoup trop lumineuse à mon goût. Et par-dessus tout, étrangement indolore.

__Je me souvins du saut. Époustouflant. De la falaise, de la mer, de ses rochers. Mais aussi de la plage déserte. Une dernière expérience avant de mourir, tel avait été mon souhait le plus cher. Si on faisait abstraction de la noyade. Cette sensation d'étouffer n'était pas comparable. Je ne pouvais la décrire. Je pouvais certifier qu'elle était douloureuse.

__Je refis une tentative pour ouvrir les yeux. Il le fallait. Tant par curiosité de l'endroit où je me trouvais, que par envie d'échapper à mes dernières minutes. Je fis un effort immense pour lever mes paupières lourdes. La lumière m'assaillit d'un coup. Elle me piqua les yeux qui voyaient flou. Je devais pourtant savoir ce qui se passait autour de moi. J'étais tellement curieuse de voir à quoi ressemblait l'au-delà. Je me forçais à garder les yeux ouvert le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'ils s'habituent à l'environnement. Une pièce entièrement blanche. Vide. J'étais allongée sur un lit. Blanc, lui aussi.

__Soudain, la porte s'entrebâilla. Je rivai mes pupilles dessus. Ce que je vis entrer me déconcerta. Une jeune femme habillée tout en bleu clair unis. On aurait dit une infirmière à première vue, ou était ce un ange ? Elle était très belle, dans tout les cas. Elle avait l'air légèrement chagrine. Elle osa enfin poser les yeux sur mon corps abîmé. Je la vis entrouvrir ses lèvres, pour les refermer tout de suite après. Comme si elle hésitait. Je devais me lancer, je devais avoir les réponses à mes interrogations silencieuses et pesantes.

- Où suis-je ? quémandais-je.
- Vous ne vous souvenez de rien ?
- Si, presque tout. Mais, suis-je morte ?
- Non, vous êtes à l'hôpital, à Eden.

__Oui, bien sur, à l'hôpital. Voilà la raison pour laquelle, elle portait une blouse bleue. Quelle idiote je fais. J'ai côtoyée ces locaux si souvent pourtant, comment pourrais-je l'oublier ? Mes réflexions me menèrent directement à ma mère. Elle travaillait ici. Manfield ne possédait pas d'hôpital. L'aveu du lieu où je me situais me laissait perplexe tout de même.

- Co ... Comment est-ce possible ? continuais-je.

__J'eus à peine posée ma question qu'un « toc toc » timide mais ferme se fit entendre. L'infirmière n'eut pas le loisir de répondre car un homme entra. Je reconnus tout de suite l'auteur du frappement à la porte. Michael. Il s'avança dans la pièce, le visage fermé. Il m'en voulait. Peut-être même plus. Me détestait-il ? Je n'en étais pas tout à fait sûre. Mais je sentais des tensions. La femme prit congé, nous laissant seuls tout les deux. Au départ, il ne daigna pas me regarder. Puis, quand il se décida à lever les yeux vers moi, il me dévisagea avec horreur et dégoût. Je ne pouvais que trop bien imaginer ce qu'il ressentait, colère, peine, haine ?

__J'avais appris à décrypter ses émotions au fil des années. C'était un garçon très émotif et en général c'était simple de lire ses sentiments sur son visage. Mais aujourd'hui, je me trouvais dans l'incapacité de deviner quoi que ce soit.

- Bonjour Emma, commença-t-il, formel.
- B'jour, dis-je, la gorge nouée.

__Le chagrin prit possession de mes traits à cet instant alors que son visage, à lui, n'exprimait que hargne. Je fondis en larme. Mes nerfs avaient été mis à l'épreuve trop longtemps, ils lâchaient enfin sous la pression devenue trop forte.

__Il fit alors, quelque chose d'inattendue et d'inespéré. Il s'approcha de moi à toute vitesse, et me serra contre lui. Je passai mes bras dans son dos, et l'étreignis alors de toutes mes forces, de mes petits bras frêles et amochés par une chute de presque dix mètres. Je ne voulais plus jamais ressentir sa perte. J'avais le c½ur déchiré d'avoir tenté de l'abandonner. Des regrets, voilà ce qui me tourmentaient tant. Il était, pourtant, revenu me chercher, malgré les souffrances que je lui avais occasionnées, malgré ma lâcheté. Il m'était revenu.

- C'est finit Em'. C'est finit. Je suis là, maintenant, me chuchota-t-il au creux de l'oreille.
- Je m'en veux tellement. Ne me laisses pas, je t'en pries, le suppliais-je.
- Je n'irais nulle part sans toi. N'aie pas peur. Nous sommes inséparables, n'est-ce pas ?
- Oui, murmurais-je, cependant que mon esprit vagabondait déjà vers mes souvenirs des années passées.

__J'étais en deuxième année de collège, mon frère en était à sa dernière. Un jour, lors de la pause déjeuner, un garçon de ma classe, une brute épaisse, me poussa violemment contre le mur en me braillant des injures. Les autres élèves passaient devant nous sans prêter attention. Je n'avais pas peur de lui, néanmoins, il me faisait un mal de chien avec ses grosses mains boudinées. Michael était arrivé et avait écarté la brute d'en face de moi. Je haletais, pouvant enfin reprendre ma respiration normale.

- T'approche pas de ma s½ur ! lui avait conseillé Michael d'une voix autoritaire.

__Il me regarda un moment, puis répondit.

- Un jour, il ne sera plus là pour te défendre tu sais ? Il en aura assez de jouer les gardes du corps. Il te laissera tomber, signala le garçon à mon égard avant de tourner les talons et de s'éloigner.
- Ça va ? me questionna Michael.
- Oui, merci. Dis, c'est vrai ce qu'il a dit ? Tu me laisseras ?
- Non. N'écoute pas les gens. Ils racontent tous des bêtises. Ils sont jaloux de nous. Mais ils ne nous séparerons pas. Jamais, tu m'entends Em' ? C'est toi et moi, envers et contre tout.
- Alors, nous sommes inséparables, avais-je asséné avec conviction.
- Oui, répondit-il tout simplement.

__Je revins à l'instant en cours, lorsque Michael desserra son étreinte et s'assit sur le rebord du lit en me scrutant attentivement.

- Emma ..., commença-t-il.

__Je baissais les yeux sachant ce qui allait venir. Je détaillais mon corps écorché à vif. Cette pauvre enveloppe charnelle que j'avais menée à mal, la rendant hideuse.

- Emma .. Pourquoi as-tu sauter ? demanda-t-il, avec des accents de tristesse dans la voix.
- Je ...

__Les mots me manquaient. Mais, il fallait que je lui explique.

- Comprendrais-tu si je te disais que parfois la vie me pèse ? Je n'ai pas l'impression d'être à ma place ici. Je me sens de trop. Comme si j'étais vouée à disparaître, ni plus ni moins.
- Bien sur que tu es à ta place ici ! s'emporta-t-il.
- Tu m'en veux ?

__Il réfléchit un instant. Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre. Je n'avais jamais fais d'actes aussi stupides. Il était tout à fait en droit de me haïr. J'espérais seulement qu'il comprendrait un minimum.

- Non. Je ne peux pas t'en vouloir, je tiens trop à toi pour cela.

__Nous nous tûmes pendant un moment. Nous venions de vivre quelque chose de fort. Nous étions inséparables, même face à la mort.

- Dis moi, comment suis-je arrivée ici ?
- Un homme t'a sauvé. Je ne l'ai pas vu plongé, juste te sortir de l'eau. Je me suis précipité sur la plage. Je ne sais pas d'où il est arrivé mais je le remercie d'être intervenu si vite. Il t'a allongé sur le sable et a vu que tu respirais encore. Il t'a confié à mes soins, après avoir appelé une ambulance, et ensuite il s'est volatilisé. Je n'ai même pas eu le temps de placer ma gratitude. Puis les secours sont arrivés. Toutes ces entailles sur ta peau m'inquiétaient énormément mais les ambulanciers, eux, étaient plus préoccupés par ton cerveau et ton c½ur.

__C'est alors que je me rappelais avoir heurté un objet inconnu tel un torse lors de ma noyade. Mais, sous l'eau, cela paraissait si improbable, voir complètement impossible, que je n'y avais pas cru. Et, si c'était l'homme mystérieux ? Pourquoi s'était il enfui de cette manière ?

- Le plus important est que tu sois là Emma. Qui que ce fut, j'aurais une dette envers lui, continua Michael.
- Oui, je suis là. Avec toi. Et je te promets, je te jure, de ne plus jamais refaire un acte si téméraire et idiot.
- Je te fais confiance.

__Le ton qu'il avait employé montrait qu'il pensait vraiment ses paroles. Il ne m'en voulait pas, ou plus.

- Te rends-tu compte, que si ce jeune homme ne s'était pas trouvé là, toi, tu ne ferais plus partie de ce monde ? C'est déjà assez dur de voir toutes les blessures ornant ta chair, mais concevoir un monde sans toi, c'est de la folie pure.

__Cette dernière interrogation lui tordit le visage. C'était un souvenir bien trop vif et douloureux, pour lui comme pour moi, pour être ainsi remémoré.

- Oui, j'en suis consciente et je sais que j'ai perdue de l'estime pour toi, en faisant cela. Je me rends compte à présent que la vie n'est pas forcément un cadeau empoisonné. C'est un peu tard, je le reconnais. Mieux vaut tard que jamais, non ?
- Je te comprends Emma. Plus que tu n'es en mesure de le soupçonner.

__Cette assertion était pleine de sous-entendus. Il me sourit, se leva, et rejoignit la porte en quelques enjambées. Quand il l'eut atteinte, il se retourna et m'adressa un clin d'½il significatif. Je me retrouvais alors seule.


__Quelques jours plus tard, trois il me semble, on me laissait quitter les urgences. Mon corps était encore tout égratigné, un peu partout, mais cicatrisait tout de même. La chair était plus belle à voir que quelques jours précédemment. J'étais infiniment heureuse de sortir de cet endroit fade et triste qu'est l'hôpital. Les médecins affirmaient qu'il n'y avait pas de séquelles irréversibles et que les marques recouvrant partiellement mon corps s'effacerait au bout d'un moment. Ma mère ayant tellement insisté sur cette question, je les croyais. Elle s'inquiétait énormément pour ma santé mentale. Non pas qu'elle me pense folle, mais elle était prête à débourser une somme d'argent affolante pour me prendre un rendez-vous chez le psychologue. Je lui avais asséné avec un tel degré de certitude que c'était inutile, qu'elle laissa tomber au final.

__A peine passée la porte d'entrée, que mon frère vint me prendre dans ses bras. Il était venu tous les jours me rendre visite, restant le plus longtemps possible. Les visites m'étaient limitées. Néanmoins, il m'avait manqué, plus que je ne pouvais le supporter. Heureusement, la belle infirmière me droguait à la morphine. Ce qui avait le don de m'endormir. Il n'avait donc pas eu le temps de me manquer jusqu'à être dépressive.

- Emma ! s'écria-t-il. Tu m'as manqué. Enfin de retour à la maison pour y insuffler un peu de joie.
- Et oui, je la ramène enfin. Ma petite fille adorée, se mêla ma mère.

__Je l'embrassais furtivement. Ma mère n'avait aucune idée de ce qu'il s'était passé sur les falaises. Mon frère avait préféré lui mentir pour ne pas trop la bousculer et la paniquer. J'étais d'accord. Mais je ne savais pas ce qu'il lui avait raconter en échange pour expliquer les dégâts de mon corps.

-On était en rade d'amour ! S'esclaffa Michael.

__Je me mis à rire. Je revivais.

__Durant mon séjour hospitalier, j'avais eu tout le loisir de réfléchir sur l'avenir. Je n'avais jamais crus au destin, ni à l'avenir tout tracé dès la naissance. Je savais que s'était uniquement les choix que l'on faisait qui nous menaient toujours plus loin. Seulement, je ne pouvais m'empêcher de penser que si ce jeune homme m'avait sauvé, c'était pour une raison. Rationnelle, ou pas d'ailleurs, cela m'importait tellement peu. Le fait est, qu'il y avait bel et bien une raison.

__Je vivais cette guérison comme une deuxième chance qui m'était accordée. J'avais un étrange sentiment de nouveauté. Je sentais un changement radical se profiler non loin de là. De plus, une infime modification s'était opérée, en moi. J'en étais sûre, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Pourtant, c'était là, présent, juste sous mon nez. Mais je ne voulais pas gâcher ma renaissance avec ces détails et pressentiments futiles.

__« Chaque chose en son temps et un temps pour chaque chose. »
Je me répétais cette phrase dans le but de me convaincre que les évènements à venir n'étaient pas de mon ressort. Ce qui devait arriver, arriverait. Avec mon accord ou non. Je ne pourrais, évidemment, rien y changer.

____L'avenir restera un mystère irrésolu tant que personne ne sera capable de le prédire.



# Posté le jeudi 23 juillet 2009 13:52

Modifié le lundi 24 août 2009 08:49